Néanmoins, les partis politiques et les ministres ont fait savoir qu'ils suivraient la volonté populaire en cas de participation supérieure à 30%, ce qui est le cas.

D'après le sondage, 37% des électeurs néerlandais ont approuvé le texte et le taux de participation s'est élevé à 62%.

Le "non" sans équivoque des Pays-Bas constitue un nouveau signe de la défiance d'une population dressée contre les élites du royaume depuis le meurtre en 2002 du responsable populiste Pim Fortyyn, élu sur un programme hostile aux immigrés, suivi par celui l'an dernier du cinéaste Theo Van Gogh, grand pourfendeur de l'islam.

COUP FATAL?

Ce rejet pourrait même porter un coup fatal au traité constitutionnel censé améliorer le fonctionnement du bloc communautaire après son élargissement en mai 2004 à 25, dont huit pays de l'Europe de l'Est ex-communiste.

Les cinq principaux partis néerlandais, dont les trois formations de la coalition gouvernementale, avaient fait campagne pour le "oui".

Les Pays-Bas, l'un des six pays fondateurs de l'Union européenne dans les années 1950, ont vu ces dernières années une montée en puissance de l'hostilité à Bruxelles dans un contexte de tensions politiques et sociales accrues.

Multiforme comme en France, l'opposition au traité s'est appuyée sur la méfiance des Néerlandais vis-à-vis de l'euro, la crainte qu'ils ont de perdre le contrôle de leur politique d'immigration, leur hostilité à la candidature de la Turquie à l'UE et la peur de voir Bruxelles s'attaquer aux aspects les plus originaux de la législation néerlandaise sur le mariage homosexuel, les drogues douces ou l'avortement.

Il s'agissait de la première consultation populaire nationale jamais organisée aux Pays-Bas.

Après l'électrochoc du vote français de dimanche, la plupart des dirigeants européens ont exclu toute renégociation du traité. Ils ont estimé que le processus de ratification devait continuer, soulignant que neuf pays représentant près de 49% des 454 millions de citoyens que compte l'UE l'avaient déjà approuvé.

Le "non" néerlandais pourrait toutefois rendre cette position difficilement tenable. Les dirigeants européens se pencheront sur la question lors du Conseil européen des 16 et 17 juin.

La Grande-Bretagne pourrait annuler le référendum qu'elle prévoyait d'organiser en 2006, mais elle attendra vraisemblablement pour ce faire d'avoir l'accord des autres pays de l'UE.

Contrairement à Jean-Pierre Raffarin en France, le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende, au pouvoir depuis 2002, avait exclu de démissionner en cas du victoire du "non", estimant qu'il reviendrait au parlement de décider de la suite des événements, puisque les députés ont lancé cette consultation alors que lui-même y était hostile.

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Bot, avait lui aussi estimé qu'une victoire du "non" n'aurait pas d'impact sur la stabilité du gouvernement.